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En 2018, Jessica Vonderscher, ancienne vice-procureure de Colmar, met sur pied le collectif Walden : un groupe de travail composé de personnels judiciaire et pénitentiaire, d’acteurs de l’insertion et des entrepreneurs. Deux ans plus tard, l’ouvrage #Prisons est publié : il livre le témoignage de leur expérience, leur parcours et leur espoir d’une prison qui réinsère plus qu’elle ne punit.

La prison : quel rôle ?

Le constat est sans appel. Parmi les quinze membres du collectif Walden, tous arrivent à la même conclusion: l’approche sécuritaire ne fonctionne pas. « 59% des personnes qui sortent de prison récidivent. La courte peine d’emprisonnement donne l’illusion de protéger la société. Mais quand le détenu sort, on n’est plus protégé », explique Jessica Vonderscher.

« Quand j’ai pris mes fonctions au Parquet de Colmar, je constatais qu’il ne se passait pas grand-chose en détention. La plupart des détenus sont dans leur cellule et regardent la télé. On n’a pas le temps de mettre quoi que ce soit en place avec nos effectifs et la surpopulation carcérale. »

Collectif Walden pour une prison plus humaine : Jessica Vonderscher co-auteure de l'ouvrage #prisons
Jessica Vonderscher co-auteure de l’ouvrage #prisons

En France, 28 % des détenus travaillent sur des tâches peu qualifiées. Ils font de l’ensachage et de la petite manutention. Un travail qui n’apporte aucune qualification pour trouver un emploi à la sortie. « Il est très rare qu’une entreprise embauche un détenu lorsqu’il sort de prison, poursuit la magistrate.

La question est : comment voulez-vous que le détenu soit une fois dehors.

Veut-on qu’il ait appris quelque chose, qu’il soit formé et réinséré dans la société ? Ou veut-on qu’il soit le même qu’à son arrivée en détention ? À quoi la prison doit-elle servir ? L’enjeu, il est là. »

Faire autrement

Dans le livre, les quinze membres du collectif racontent chacun leur quotidien. « Pour moi, c’était important de montrer les femmes et les hommes derrière l’uniforme. On est aussi “de l’humain”. Les participants, tous bénévoles, viennent du ministère de la justice, du ministère du travail, des milieux de l’insertion et du privé. Chacun apporte sa pierre à l’édifice à travers son parcours, ses fonctions, ses espoirs. »

Objectif : changer les regards sur la prison, montrer ce qu’il y a derrière les murs et déconstruire les fantasmes. « On a souvent des images d’Épinal sur ce qu’est une personne détenue, ce qu’elle a pu faire pour être incarcérée. »

Collectif Walden pour une prison plus humaine : la maison d'arrêt de Mulhouse
La maison d’arrêt de Mulhouse

Mais plus encore. Les membres du collectif veulent montrer qu’il existe d’autres pratiques. En 2018, ils se rendent au Danemark, en Allemagne et en Suisse pour visiter des établissements carcéraux. Là-bas, la confiance est le dénominateur commun. Par exemple, à la prison ouverte de Witzwil située sur un vaste terrain de campagne près de Lausanne, il n’y a ni murs ni miradors. Les cellules sont fermées la nuit et ouvertes en journée. Souvent orientés sur du travail agricole, les détenus apprennent aussi d’autres métiers comme la boucherie ou la ferronnerie. « Dans ces établissements, les détenus sont aussi formés à distance sur leur ordinateur. Ils sortent avec une formation et un métier. »

Plus de confiance, moins de délinquance

En France, il en va autrement. « On met la plupart des détenus dans la position d’un enfant de maternelle. Ils ne font pas à manger, ils ne font pas leur linge. Ils n’ont pas accès à internet et ne peuvent pas suivre de formation en ligne, ni passer un examen. Il y a tout un assistanat qui ne les aide pas quand ils sont remis en liberté. » déplore Jessica Vonderscher.

Avec l’ouverture de la prison de Lutterbach en 2021, le collectif espère voir le département du Haut-Rhin devenir un territoire pilote. « L’idée du groupe de travail, c’était aussi de trouver un territoire délimité pour tester les propositions que nous présentons dans le livre avec une mission universitaire capable d’en mesurer les effets.

Si on arrive à démontrer que la réinsertion fait chuter la récidive et donc la délinquance, il sera plus facile de développer ces nouvelles méthodes à l’échelle du pays. »

Des pistes de solution

#Prisons, c’est aussi :

  • 70 propositions pour mieux réinsérer les détenus
  • les témoignages de surveillants sur leur métier dans les rubriques « Paroles de surveillants »
  • des infographies pour avoir toutes les cartes en main sur la situation carcérale en France

Infos pratiques

#Prisons, sous la direction de Jessica Vonderscher, chez Médiapop éditions, 15 €

Les droits d’auteur sont reversés intégralement à l’association Walden.

Publié jeudi 12 novembre 2020 à 11h00

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